Quel avenir pour la Brasserie de Luxembourg?
Publié le 13 janvier 2010Du jamais vu au Grand-Duché. Lundi soir, près de 2000 manifestants se sont réunis aux abords de la brasserie de Diekirch. Leur but était de soutenir les 102 salariés de l’entreprise après l’annonce de la fermeture du site par AB-Inbev. Mais aussi de rappeler leur attachement à la brasserie et à ses bières, Diekirch et Mousel, intimement liées à l’histoire du pays et à ses traditions.
Dans une ambiance de carnaval, les manifestants ont crié leur indignation. Couverts de cartons aux couleurs de la bière locale, ils ont entonné la chanson traditionnelle Dikrecher Béierlidd. « Cela fait beaucoup de bien de voir autant de monde pour nous soutenir » confie Dimitri Preumont, 38 ans, de Houffalize. Employé depuis près de huit ans à la brasserie, il était au cœur de la foule lundi soir. « C’est tout le peuple luxembourgeois qui est sidéré par l’annonce de la délocalisation de la production. Et si la fermeture devient inéluctable, la mobilisation s’annonce encore plus forte dans les semaines à venir. »
A l’image de ses collègues, ce jeune père de famille est envahi par un sentiment de désespoir. « J’ai deux petits garçons et j’ai une maison à payer, cette fermeture est une catastrophe pour moi et pour d’autres. On nous dit que certains pourraient retrouver du travail chez des dépositaires, mais pour l’heure, rien de concret à l’horizon. »
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Grande nouveauté, le mouvement de contestation s’implante sur le Web. Facebook abrite depuis lundi un groupe de soutien intitulé « Diekirch bleif zu Dikrech ». Près de 14000 membres l’ont déjà rejoint. Et des incitations au boycott des produits AB Inbev fait son chemin parmi les citoyens.
En attendant une nouvelle réunion avec la direction fixée à lundi, et contrairement à ce qui se passe en Belgique, la brasserie continue la production malgré l’annonce de la suppression de 63 postes dans un avenir proche. « La loi luxembourgeoise ne nous autorise pas à faire grève et à bloquer le site », explique Romain Daubenfeld, délégué de l’OGBL qui espère encore sauver un maximum d’emplois sur le site.
Une entreprise en bonne santé
Ce mardi 12 janvier, au matin, une nouvelle réunion informelle a eu lieu entre la direction de la « Brasserie de Luxembourg » et les partenaires sociaux. « Nous avons posé beaucoup de questions, sans obtenir de réponse » confie Romain Daubenfeld, représentant syndical de l’OGBL. « On nous a juste dit que la fin de la production pourrait avoir lieu le 30 septembre prochain. Pour le reste, on doit se revoir le 18 janvier à 9 heures. »
Pour l’heure, c’est l’incompréhension qui règne au sein des travailleurs. « A l’origine, il n’y a ni une situation économique ni une situation financière difficile, mais la recherche effrénée d’un profit maximal à court terme. Une entreprise économiquement saine faisant des profits depuis des années devient victime de décisions stratégiques du groupe », dénonce les syndicats.
Le ralentissement du marché entre 2003 et 2008 est avancé comme une des raisons de cette décision. Les profits générés les dernières années sont quant à eux passés sous silence. « 4,7 millions de bénéfice pour 2008. Plus encore en 2009… » dénonce Romain Daubenfeld. Et de conclure: « La plupart des travailleurs de la brasserie sont ici depuis 20 ou 25 ans. Ils ont entre 40 et 55 ans et cette fermeture est une tragédie pour eux. »
